Entre dystopie et utopie il n’y a que la différence du choix d’évolution des êtres-humains

Le Jardin des Délices – Jérôme Bosch

 

ENTRE DYSTOPIE ET UTOPIE IL N’Y A QUE LA DIFFÉRENCE DU CHOIX D’ÉVOLUTION DES ÊTRES-HUMAINS.

 

« La puissance, c’est la capacité de faire directement les choses, ce qui te donne un épanouissement, une force intérieure très grande. » (Alain Damasio)

À l’Heure de la Transition (conceptuelle, idéologique, culturelle, sociétale, économique, … en bref humaine) où certains anticipent une collapsologie, nous sommes tous, individuellement et collectivement, devant un choix capital qu’il est crucial d’opérer En Conscience.

Entre Dystopie et Utopie il n’y a que la différence du choix d’évolution que font les êtres-humains, pour leur présent, leur avenir, celui de leurs enfants et des générations futures.

Nota Bene : Le terme « utopie » prend ici son sens d’une « représentation d’une société idéale, parfaite, sans défaut contrairement à la réalité. », il n’est absolument pas péjoratif ni disqualifiant (cf. Wikipédia).

 

Dans notre monde encore dual existent deux options majeures conditionnant toutes les autres :

  1. celle de se réapproprier notre capacité et liberté de la Conscience du Choix,
  2. ou celle de se laisser happer (dicter insidieusement) par une conscience collective manipulée, comme on le sait déjà, par des pouvoirs politiques et financiers (qui sont unis, d’où leur puissante domination sur les populations) ne servant que leurs propres intérêts, tout en laissant croire qu’ils œuvrent pour le bien de l’Humanité et de l’Environnement.

Des efforts de certains pouvoirs en place sont sporadiquement en cours de production et de déploiement, en prenant soin de ne pas bousculer trop radicalement les situations afin de ne pas créer de déstabilisation trop grande et d’opter pour un changement progressif. Car la Transition doit s’étaler avec sagesse sur le terme de plusieurs années ou plusieurs décennies (elle est estimée à une trentaine d’année), malgré les temps pressant sa mise en application. Ceux-ci sont en quête de participation et de sens universel, dans une démarche créative et collaborative, nourrie d’altruisme.

D’autres par contre, résistent à l’idée même d’évolution hormis de celle de leur capital et de l’accroissement de leur puissance (la quête du maintien de la domination) et sont dans une démarche discriminatoire et concurrentielle, propulsée par l’égoïsme. C’est l’idéologie du « je ne vois pas pourquoi le mal que je fais à l’Autre ou à l’Environnement me concernerait puisqu’il ne me touche pas et ne deviendra intenable que lorsque j’aurai accompli mon temps de vie » ; pour ceux qui reconnaissent le « mal qu’ils causent ».

Cette idée de ne pas être concerné par les maux que l’on sème car il ne nous touchent pas, ou parce qu’ils seront effectifs après notre passage, est certes déviante, mais aussi erronée. Elle ne prend pas en considération (par refus ou par ignorance) l’interdépendance de tous les êtres-vivants entre eux-même et avec leur environnement.

Par les réalités des mouvances idéologiques et populaires actuelles, le retour de bâton pourrait être bien plus prompt à battre violemment ceux qui le tiennent.

Comme dit l’adage : « plus on a amassé, plus on a à perdre ».

 

High-Tech et Intelligence Artificielle

On parle aujourd’hui d’évolution technologique et d’intelligence artificielle en l’associant à la « Croissance » et au « Progrès », terminologie des Sciences Économiques et Sociales enseignée au Lycée depuis 1966. 

Pourtant, ce que l’Homme a fait de la technologie jusqu’à présent a servi beaucoup plus et globalement son appauvrissement et son involution dans le sens de l’accès à sa Liberté et à son Autonomie (et ceci insidieusement), que son évolution en harmonie avec son environnement naturel et humain et, par extension son évolution de conscience.

 

La notion de Croissance

« Au sens strict, la Croissance décrit un processus d’accroissement de la seule production économique. Elle ne renvoie donc pas directement à l’ensemble des mutations économiques et sociales propres à une économie en développement. » (Wikipédia)

Cette notion de croissance ne considère donc ni le bien-être de l’Humain, ni la salubrité de l’Environnement.

La « Croissance verte » ne prend que trop partiellement en compte les nécessités environnementales et humaines en impliquant de « faire de l’investissement environnemental une nouvelle source de croissance économique », et en définissant plusieurs périmètres « d’activités de la croissance verte et de métiers verts et verdissants ».

Pour être en phase avec l’équilibre des besoins environnementaux, c’est la notion même de croissance qui est à renouveler.

 

La notion de Progrès

Quant à la notion de « Progrès » agitée comme une bannière de conquête, le philosophe Étienne Klein soulignait en 2017 combien l’idée de progrès est complexe, en disant que « Jamais sans doute dans l’histoire […] le thème du progrès n’a à ce point interrogé l’humanité dans son ensemble et l’humanité propre à chaque individu. » ; d’autant qu’elle ne cesse de varier au fil du temps.

Le terme lui-même est polysémique, mais dans les discours politiques d’aujourd’hui il porte le sens d’une idéologie spécifique à la culture occidentale, celle du progrès technologique au détriment de l’Environnement naturel :

« La planète est de plus en plus peuplée et ses habitants de plus en plus demandeurs de confort matériel, donc d’énergie. Dès 1972, pourtant, le rapport Meadows les alertait sur les risques que faisait peser leur quête de confort sur l’environnement et posait « les limites de la croissance ». A la même époque s’est développé le mouvement écologiste et d’autres signaux d’alarme ont été tirés : Rachel CarsonPaul EhrlichBarry CommonerJames LovelockBernard Charbonneau — entre autres — ont fortement insisté sur le fait que la planète est un abri vulnérable. Mais, en cette période des « Trente Glorieuses », leurs messages sont restés pratiquement inaudibles. Aujourd’hui, la catastrophe environnementale est enfin majoritairement considérée comme une réalité. » (Wikipédia)

Tous les problèmes environnementaux actuels découlent directement du développement inadapté d’une civilisation thermo-industrielle qui a dévasté les populations et la Nature, sous la couverture argumentaire de « créer de l’emploi et de la ressource » et de « nourrir l’évolution moderne et le confort de la civilisation ».

 

La visée inadaptée de la High-Tech d’aujourd’hui

Le phénomène de développement effréné de la High-Tech continue cette illusion dystopique en l’argumentant par « le besoin de maintenir la Croissance et la Compétitivité ».

C’est le jeu concurrentiel dans toute sa démesure.

C’est qui est néfaste n’est pas la technologie en elle-même, mais l’usage et l’exploitation non responsable que l’Homme en a fait. C’est ce qu’Alain Damasio nomme le « techno-capitalisme » (cf. ci-après).

Les problématiques viennent des choix d’orientation de la R&D (Recherche & Développement), dépourvus d’études éthiques réellement indépendantes et de visées écologiquement et sociologiquement responsables (servant les véritables intérêts de l’Écologie et de la Société).

La technologie telle qu’elle est produite et distribuée nous amène de plus en plus et collectivement à la délégation des processus cognitifs de l’Humain, le rendant ainsi de plus en plus esclave d’un système lui donnant l’illusion d’une « liberté » à l’aspect confortable.

Cette évolution technologique externalisant les capacités de l’Homme le démunissent de plus en plus et à son insu de sa puissance et de ses capacités intrinsèques d’évolution, d’autonomie et d’harmonisation avec lui-même, ses semblables et avec son environnement.

 

Des visionnaires contemporains : les auteurs de Science Fiction

De nombreux écrivains de Science Fiction du XXème siècle ont, comme les grands visionnaires et Prophètes des temps anciens, imaginé ce que serait le développement de notre monde d’aujourd’hui, en voyant très justement ce phénomène.

Parmi ces auteurs ont peut compter  Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous HuxleyLimbo (1952) de Bernard Wolfe, 1984 (1949) de George Orwell,  Soleil Vert (1966) de Harry Harrison, Fahrenheit 451 (1953) de Ray Bradbury, entre autres.

La Science Fiction est souvent confondue avec la Fantasy.

Ray Bradbury en a fait clairement la distinction, lorsqu’il a rejeté le titre d’écrivain de science-fiction en disant :

« Avant tout, je n’écris pas de science-fiction. J’ai écrit seulement un livre de science-fiction et c’est Fahrenheit 451, fondé sur la réalité. La science-fiction est une description de la réalité. La Fantasy est une description de l’irréel. »

Mais les inspirations de ces visionnaires sont passées inaperçues pour la grande majorité des lecteurs de l’époque, et seuls quelque uns aujourd’hui se rendent compte de la justesse de leur vision, en la calquant sur la situation présente de notre « civilisation ».

 

Malgré tout, ne pas perdre espoir de voir surgir une « Green-High-Tech »

Les industries d’aujourd’hui sont très préoccupées par leur pérennisation, et les coûts de la R&D renforcent les luttes concurrentielles et les stratégies cherchant à assurer la compétitivité.

Elles ont du « chemin à faire » pour rentrer dans un univers de « Green-High-Tech » complémenté par la Low-Tech.

Mais il est très probable que, dans quelque temps, quelques années ou décennies, les technologies feront un grand bond en avant et réussiront à concilier l’avancée des moyens techniques aux impératifs naturels.

Garder l’espoir de la résolution fait partie intégrante de l’Histoire humaine, et dans chaque défi, petit ou grand, le passage par un temps de crise est inévitable. C’est la Transition actuelle, où l’on doit être créatif et pleinement présent pour participer collectivement à la restauration de saines valeurs et de sains fonctionnements.

Les facteurs marquant la rapidité et la facilité de sortie des périodes de crise sont la résilience, la prise de recul et de conscience ; car ils nous permettent de trouver les « bonnes réponses » en un minimum de temps. 

C’est l’effort individuel qui nourrit l’effort collectif, et c’est à partir des transformations intérieures et profondes du comportement de l’Individu que le monde pourra changer. 

Un monde s’effondre et un nouveau apparaît, c’est donc le bon moment pour planter les graines du renouveau, celles de l’évolution de demain qui a déjà commencé.

Chacun a ce pouvoir en lui-même du libre-choix d’être ou de ne pas être en adéquation avec lui-même, avec sa nature réelle et profonde, et ainsi avec la Nature elle-même, sans laquelle aucune vie n’est possible.

 

Une interview intéressante d’Alain Damasio de Philippe Vion-Dury de 2018 pour le magazine Socialter

Pour aller plus loin dans cet univers des auteurs de SF, je vous suggère de lire une interview intéressante d’Alain Damasio pour Socialter, « magazine des transitions » bimestriel en version web et print, dont l’équipe éditoriale se présente ainsi :

« Depuis son lancement en septembre 2013, Socialter défend une autre vision, axée sur le changement et les mutations, alliant désir d’agir et approche critique.

À travers notre magazine bimestriel papier et notre site web nous promouvons les innovations et modèles ayant un impact positif sur l’environnement et la société, nous donnons la parole à des penseurs sur des problématiques contemporaines et nous décryptons des solutions alternatives portées par des acteurs du changement.

Notre mission : informer, inspirer et mobiliser des citoyens engagés. »

 

Voici un extrait de l’interview d’Alain Damasio réalisée par Philippe Vion-Dury, où il prend pour exemple l’utilisation d’un objet/outil banalisé, le smartphone :

« Le portable crée tout un ensemble de liens, de pratiques, de rites sociaux qui sont articulés autour du portable. Mais cette approche ne me satisfaisait pas complètement. Quel est le critère qui va faire que moi, par exemple, je ne vais pas prendre de portable alors que je peux parfaitement comprendre que d’autres l’utilisent ? Quel est le critère pertinent pour analyser les technologies ? Et là je suis revenu à Spinoza, qui a posé ces enjeux de puissance et de pouvoir. La puissance, c’est la capacité de faire directement les choses, ce qui te donne un épanouissement, une force intérieure très grande. A contrario, le pouvoir revient à ne pas faire directement, mais à « faire faire ». Je loge ma mémoire dans le téléphone portable ou dans Google. Je délègue le processus cognitif. Si j’externalise mes capacités dans les technologies, alors je suis dans le pouvoir.

Il faut arbitrer : c’est parfois très bien d’utiliser le pouvoir des technologies, mais parfois il est clair que cet accroissement de pouvoir que donne la technologie se paie par une diminution de la puissance. Le techno-capitalisme a pour moteur de la « techno-phorie », l’accroissement du pouvoir. Pendant longtemps, l’augmentation de pouvoir offerte par les technologies est allée de pair avec une augmentation de la puissance. Mais j’ai l’impression que les courbes se sont croisées et que l’accroissement de pouvoir qu’on nous donne est relativement superflu et se paie par l’appauvrissement de la puissance. »

Source : Socialter / Alain Damasio – Philippe Vion-Dury : « Rendre désirable autre chose que le transhumanisme »

 

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© Franck Cohendet - Août 2019
Saint-Germain-des-Prés, 75006 Paris
Conseil, coach, formateur et thérapeute

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