L’Enseignement de l’Oiseau-Tonnerre des Amérindiens

L’ENSEIGNEMENT DE L’OISEAU-TONNERRE DES AMÉRINDIENS

 

LA SAGESSE AMÉRINDIENNE À TRAVERS LE TEMPS

Je republie cet article relatant la légende de l’Oiseau-Tonnerre, être mythique et emblématique de la culture amérindienne. Avec l’article présentant les Heyoka, il a initié la création de ce Blog consacré aux Valeurs Humaines.

Comme toutes les histoires anciennes attenantes à cette culture et ayant traversé le temps, elle me semble toujours d’actualité et très pertinente, porteuse de sages conseils véhiculés par les Aînés (« the Elders »), depuis la nuit des temps.

Je parle d’ancêtres car il est certain que, quelque soit notre culture et d’un point de vue transgénérationnel élargi, nous sommes tous issus de populations autochtones très anciennes.

 

On fait souvent allusion à « l’Évolution de l’Homme » en référence à ce qu’on nomme la « Civilisation ».

Cependant, on voit de plus en plus à quel point les visées de notre civilisation dite moderne est décalée par rapport aux lois simples et inaltérables de la Nature. Ces lois naturelles, sont celles qu’on commence tout juste à vouloir réintégrer, après les avoir reniées, oubliées ou ignorées ; car on s’aperçoit qu’on ne peut vivre de manière pérenne en les bafouant.

Quel que soit le mobile de ce bafouement, l’humanité est amenée à prendre conscience du fait qu’on ne peut ni les changer, ni les remplacer par une technologie.

La Nature a sa propre raison d’être, dont celle d’enseigner aux humains la voie de la sagesse, la voie du « juste milieu » dans leur rapports avec eux-mêmes, entre eux, avec les règnes du vivant et l’Environnement de la Terre-Mère.

Plongeons donc un instant dans la sagesse amérindienne, et les valeurs associées à l’enseignement de l’Oiseau-Tonnerre.

 

L’OISEAU-TONNERRE PORTEUR DE L’ÉNERGIE DE LA FOUDRE

Représentation picturale symbolisée de l’Oiseau-Tonnerre

 

Bien plus difficile à appréhender que le Bison Blanc, celui que l’on désigne sous le nom d’Oiseau-Tonnerre est reconnu par de nombreuses tribus amérindiennes et grandement considéré, malgré le mystère qui l’entoure.

Celui que les Sioux nomment Wakinyan trouve son origine à travers l’Oiseau-Tonnerre originel, le Wakinyan Tanka (autrement dit, « le Grand Oiseau-Tonnerre », Tanka signifiant en Lakotah « Grand ») de l’œuf duquel de petits Wakinyan seraient issus. Ils font partie de la Nation des Êtres de la Foudre et du Tonnerre, « Wakinyan Oyate ».

 

LA PLACE DE L’OISEAU-TONNERRE DANS LA CONSTRUCTION DE LA SWEAT-LODGE (INIPI) DES SIOUX / LAKOTAH

Flag of Oglala Tribe from South Dakota

Drapeau de la République Lakotah du Sud Dakota/USA (Pine Ridge) : symbole de l’union de la nation amérindienne et proclamation de l’indépendance des Lakotah par rapport aux États-Unis

 

Dans la Tradition Lakotah/Sioux, la Sweat-Lodge est la « hutte à sudation » qu’on appelle « Inipi », terme qui définit aussi la cérémonie de purification rituelle (du corps et de l’esprit).

Elle est construite de branches de saule, « l’Arbre de l’Amour », suivant une disposition bien précise, représentant symboliquement l’Univers, la Mère-Terre et leurs énergies.

On y place des pierres préalablement chauffées sur un feu extérieur, et l’on y verse de l’eau lorsqu’elles sont à l’intérieur de la hutte. Cela produit de la vapeur et la température intérieure monte très vite et très haut. Dans la pénombre de la hutte, après le recueillement, les chants et les prières sont entonnés dans un état à la fois de résistance et d’abandon à la chaleur intense. Les visions y sont très courantes.

La Sweat-Lodge représente l’Univers et ses énergies au niveau des points d’intersections des branches de saule, sur son sommet ou toit figurant la voûte céleste ; et elle représente leurs « Messagers » ou porteurs d’influence habitant la Terre-Mère sur les points d’encrage au sol des branches de saule.

L’Oiseau-Tonnerre y réside à l’Est, l’emplacement des Êtres ailés (Cf. schéma ci-après).

Son énergie se situe sur le huitième point d’encrage au sol des branches de saule de la Sweat-Lodge, à côté de celle du Bison (« Tatanka ») située au neuvième point d’encrage à l’Est également.

Il entre en « résonance directe » avec le premier point d’encrage correspondant à l’énergie du Soleil (Wi), et en « résonance parallèle » avec le seizième point d’encrage à l’Ouest correspondant à l’énergie de la Tornade (« Yumni »).

Le huitième (Oiseau-Tonnerre) et le premier (Soleil) points d’encrage, marquent le premier axe Est-Ouest qui est en alignement avec les planètes Neptune et Mercure. Le second axe Est-Ouest liant le Bison et la Tornade sont en alignement avec les planètes Mars et Jupiter.

Swet-Lodge INIPI

Le plan de la structure de la Sweat-Lodge (« Initi ») pour Inipi

 

CE QU’EST L’OISEAU-TONNERRE (WAKINYAN)

Le Wakinyan est chargé de protéger la Terre et la végétation contre la sécheresse et la mort, en apportant les pluies, il apporte les énergies qui fécondent la Mère-Terre.

Dans la tradition Lakotah, l’un des buts principaux des Wakinyan est de purifier le monde de toutes choses sales. Ils le balaient avec le vent, le lavent avec de l’eau ou le brûlent avec la foudre.

Ils font que tout ce qui pousse de la terre fleurit et pousse des feuilles, des fleurs et des fruits, et donnent de la nourriture à toutes les choses qui respirent.

Ils apprécient l’odeur du cèdre, et on dit que les cèdres ne sont jamais frappés par la foudre. Ils contrôlent l’eau sous toutes ses formes, c’est pourquoi le cèdre est placé sur les 7 premières roches apportées dans une hutte de sudation Lakotah, en partie pour remercier les Wakinyan d’avoir donné leur bénédiction à l’eau qui sera utilisée.

Le Wakinyan est une émanation de « Wakan Tanka », « le Grand Esprit » (ou littéralement en Lakotah « le Grand Sacré », Wakan signifiant « Sacré »), ainsi que son Messager. 

Cette fonction de Messager est, dans de nombreuses traditions culturelles anciennes, associée à la Foudre dont l’énergie fulgurante est aussi illuminante.

Enveloppé d’un écrin de nuages, ses yeux produisent les éclairs et le claquement de ses ailes le tonnerre. En bien des façons, il apparaît comme un justicier apportant la lumière ainsi que comme un maître du chaos, ce désordre nécessaire.

C’est un être difficile à approcher, comme s’il ne permettait pas à quiconque de le considérer dans son intégrité. C’est la raison pour laquelle les visions et les rêves dans lesquels il apparaît ne sont toujours que partiels parce qu’il est dit que « celui qui verrait un Oiseau-Tonnerre tout entier n’y survivrait sans doute pas », tellement son énergie est vaste et puissante.

 

COMMENT LE DÉCRIT ARCHIE FIRE LAME DEER

Écoutons maintenant ce qu’en dit Archie Fire Lame Deer, Wicasha Wakan (Homme-médecine ou Saint-Homme) et conférencier sur le peuple, la tradition et la culture Lakotah. Il a notamment écrit « Gift of Power: the life and teachings of a Lakota medicine man » (« Don de pouvoir, la vie et les enseignements d’un homme-médecine Lakotah »).

Il dit : « Les Oiseaux-Tonnerre sont différents des autres êtres surnaturels. Ils n’ont pas de corps, mais des serres puissantes. Ils n’ont pas d’yeux, mais un de ces yeux manquants darde des éclairs. Ils n’ont pas de tête, mais un énorme bec. Ils n’ont pas de bouche, mais de cette bouche absente sort la voix du Grand Wakinyan […]. C’est un concept difficile à saisir, même pour un Amérindien ».

Portrait composite et paradoxal qui rend bien compte, à l’évidence, du caractère farouche de l’Oiseau-Tonnerre dont la fugacité et les aspects contradictoires n’ont d’égale que sa capacité à ne jamais se révéler dans son entier. Il dépasse l’entendement et la représentation mentale, il déroute les capacités de notre compréhension duale par la transcendance des contradictions représentatives.

Les oiseaux portant cette énergie et les attributs spirituels de l’Oiseau-Tonnerre sont ceux de grande envergure et qui ont la capacité de « voler au plus près du soleil », en très haute altitude, comme l’Aigle et le Condor.

Ils ne craignent pas de voler sous les très forts courants d’air ascendants générés par d’énormes cumulonimbus, lors de tempêtes. Ils sont les seuls à avoir cette capacité de voler dans de telles conditions météorologiques, que craignent les pilotes d’avions, et encore plus -car elles peuvent leur être très rapidement fatales-, les adeptes du parapente et du deltaplane.

On retrouve les représentations de l’Oiseau-Tonnerre sous différentes formes, sur les Totems, les Tambours, les Masques, … et la Danse de l’Aigle lui est implicitement consacrée.

 

LE LIEN AVEC LES HEYOKA

Au passage, soulignons que l’Oiseau-Tonnerre n’a rien d’un Heyoka (le « Contraire », ou le Clown ou Farceur Céleste ou Divin de la tradition Lakotah / Sioux), auquel l’Oiseau-Tonnerre est communément associé chez les Sioux, bien qu’il n’en soit en aucun cas l’apanage.

Ce qui les relie est en fait l’énergie de la Foudre, de l’Illumination ou d’un enseignement transcendant les aspects contradictoires de l’Illusion, générée et issue de la projection mentale d’un monde dual.

Ils font tous deux partie des « Êtres ou Nation de la Foudre », « Wakinyan Oyate » (Thunder Beings).

D’après ce que j’ai compris et d’après la façon dont on m’a enseigné, peu de personnes sont choisies pour recevoir des rêves ou avoir des « relations de travail » avec les Wakinyan, qui leur offrent de les aider d’une certaine façon. En cela, ils partagent une part du chemin du Heyoka.

Cependant, seul un faible pourcentage de ces quelques personnes est appelé à servir vraiment comme Heyoka dans la manière d’être des Lakotah.

 

 

L’HISTOIRE DE L’OISEAU-TONNERRE

Partout en Amérique du Nord, il existe des histoires traditionnelles qui concernent celui qu’on appelle Wakinyan chez les Sioux, ou Sanuwa chez les Iroquois ou « Haudenosaunee » (« Peuple des maisons longues »).

En voici une version qui vient de la tribu Chinook (qui vivait sur la Côte Pacifique, le long du Fleuve Columbia, au Nord Ouest de l’Amérique du Nord), qui a pratiquement disparu aujourd’hui.

 

Il y a des lunes et des lunes de cela, les hommes passaient beaucoup de leur temps à se battre les uns contre les autres.

Chacun d’entre-eux cherchait à s’arroger qui une forêt qui une rivière, et pensait que, de ce fait, cela lui donnait le droit d’y chasser et d’y pêcher. Mais, incapables de s’entendre, ils se disputaient la forêt et la rivière.

Autant dire que les fruits de la chasse et de la pêche furent rapidement réduits à néant. Et que la survie de chacun fut rapidement menacée.

C’est alors qu’un immense et sombre nuage est monté en virevoltant dans le ciel.

Un vent rugissant et une grêle assassine s’abattirent sur les hommes, soufflant les tentes comme des fétus de paille, coulant les canots, brisant les armes.

Tant bien que mal, un conseil fut organisé afin de trouver une solution quand un oiseau gigantesque vint de la mer.

Chacune de ses ailes avait la longueur de deux canots de guerre, de son bec sortaient des bruits terribles et de ses yeux jaillissaient des éclairs de lumière qui frappaient le sol. Terrifiés, les hommes se couchèrent au sol, pensant la fin du monde toute proche.

L’Oiseau-Tonnerre -puisque c’était lui- survola ce qu’il restait du village des hommes. Ses battements d’ailes si puissants firent trembler l’air tant et si bien que des tornades en naquirent. Dans les serres de l’oiseau se tenait un épaulard.

L’Oiseau-Tonnerre rejoignit la mer à tire d’ailes, déposa délicatement sa prise dans les eaux puis revint aux hommes. Il leurs adressa alors ces paroles :

« La Terre appartient à la Terre, la Mer appartient à la Mer. Je suis le gardien de la Terre et mon frère Épaulard est le gardien de la Mer. Désormais, quoi que vous posséderez, vous le donnerez à votre ennemi afin d’instaurer la paix et de faire cesser vos querelles stupides. Ainsi, vous tous pourrez profiter de ce que la Mer et la Terre pourront vous donner afin de vous nourrir. »

 

C’est ainsi qu’est née la pratique du Potlatch(*) chez les Chinook, que l’on retrouve sous différents noms dans toute la Nation amérindienne, ainsi que dans chez de nombreuses ethnies de l’Océan Pacifique et de l’Inde.

L’Oiseau-Tonnerre portant l’Épaulard, par Mark Henderson

 

(*) : Le Potlatch (qui signifie en Chinook « donner ») est un comportement culturel, souvent sous forme de cérémonie plus ou moins formelle, basé sur le don. Plus précisément, c’est un système de dons et contre-dons dans le cadre d’échanges non marchands.

Le principe est simple. Une personne offre à une autre un objet en fonction de l’importance qu’elle accorde à cet objet (importance évaluée personnellement) ; l’autre personne, en échange, offrira en retour un autre objet lui appartenant dont l’importance sera estimée comme équivalente à celle du premier objet offert. La valeur sociale et spirituelle accordée à ce libre-échange est importante, appelant le lâcher-prise, la libre circulation des biens sans attachement aux objets matériels. 

Par cet acte on échange des biens et des objets qu’on estime, afin d’honorer le receveur par ce qu’on lui offre et non de l’encombrer d’un présent inutile. Ces échanges ne sont absolument pas considérés comme un moyen de se débarrasser d’objets obsolètes ou sans importance à nos yeux.

Ils sont au contraire un moyen d’échange sincère et profond de valeurs et d’énergies personnelles que l’on met en circulation, pour le bien et la prospérité de la communauté.

 

D’autres motifs de style Kwakwaka’wakw / Kwakiutl (tribu vivant en Colombie-Britannique au Canada) représentant l’Oiseau-Tonnerre :

Motif de pagaie dans le cercle du bouclier

 

Tambour d’Homme-Médecine / Chamane

 

Motif de prière/demande d’aide

 

 

© Franck Cohendet - Août 2019
Conseil, formateur, coach et thérapeute
Saint-Germain-des-Prés, 75006 Paris, France

Laisser un commentaire